BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
COLLECTION DES MEILLEURS AUTEURS ANCIENS ET MODERNES

REGNARD

VOYAGES

VOYAGE DE LAPONIE
VOYAGE DE FLANDRE ET DE HOLLANDE
DU DANEMARK. — DE LA SUÈDE

PARIS
LIBRAIRIE DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
RUE DE RICHELIEU, 8, PRÈS LE THÉATRE-FRANÇAIS
Ci-devant, rue de Valois, 2.

1887
Tous droits réservés

VOYAGES

RÉFLEXIONS

Il est ordinaire aux voyageurs qui passentles mers de faire naître des orages ; et toutce qui n’est point calme est pour eux unetempête continuelle qui brise leurs vaisseauxcontre le firmament, et tantôt les jette jusquedans les enfers : ce sont les manières deparler de quelques-uns. Pour moi, sans amplifierles choses, je vous dirai que la merBaltique est célèbre en naufrages, et qu’il estrare d’y passer pendant l’automne, car ellen’est point navigable l’hiver, sans y être pris dumauvais temps. Nous avons été obligés derelâcher en cinq ou six endroits ; et ce passage,qu’on fait ordinairement en trois ouquatre jours, nous a retenus.

Ces disgrâces ont servi à quelque chose, etle temps que nous sommes demeurés à l’ancren’a pas été le plus mal employé dema vie. J’allais tous les jours passer quelquesheures sur des rochers escarpés, où la hauteurdes précipices et la vue de la mer n’entretenaientpas mal mes rêveries. Ce fut dansces conversations intérieures que je m’ouvristout entier à moi-même, et que j’allais chercherdans les replis de mon cœur les sentimentsles plus cachés et les déguisements lesplus secrets, pour me mettre la vérité devantles yeux, sans fard, telle qu’elle était eneffet. Je jetai d’abord la vue sur les agitationsde ma vie passée, les desseins sansexécution, les résolutions sans suite, et lesentreprises sans succès. Je considérai l’étatde ma vie présente, les voyages vagabonds,les changements de lieux, la diversité desobjets, et les mouvements continuels dontj’étais agité. Je me reconnus tout entier dansl’un et dans l’autre de ces états, où l’inconstanceavait plus de part que toute autrechose, sans que l’amour-propre vînt flatterle moindre trait qui empêchât de me reconnaîtredans cette peinture. Je jugeai sainementde toutes choses. Je conçus que toutcela était directement opposé à la société dela vie, qui consiste uniquement dans le repos ;et que cette tranquillité d’âme si heureusese trouve dans une douce profession,qui nous arrête comme l’ancre fait un vaisseauretenu au milieu de la tempête. Tousces desseins vagues, ces vues qui s’étendentsur l’avenir, les chimères, les imaginationsde fortune, sont des fantômes qui nous abusent,que nous prenons plaisir de nous former,et avec lesquels notre esprit nous joue.Tous les obstacles que l’ambition fait naître,loin de nous arrêter, doivent nous faire défierde nous-mêmes, et nous faire appréhenderdavantage.

Vous savez, monsieur, comme moi, que lechoix d’un état est ce qu’il y a de plus difficiledans la vie : c’est ce qui fait qu’il y atant de gens qui n’en embrassent aucun, etqui, demeurant dans une indolence continuelle,ne vivent pas comme ils voudraient,mais comme ils ont commencé, soit par lacrainte des fâcheux événements, soit parl’amour de la mollesse et la fuite du travail,ou par quelques autres raisons.

Il y en a d’autres qu’un échec ne fixe pasentièrement, et, se laissant toujours emporterà cette légèreté qui leur est naturelle, pourêtre dans le port, ils n’en sont pas

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