OSCAR WILDE
DRAME EN UN ACTE

PARIS
LIBRAIRIE DE L'ART INDÉPENDANT
11, rue de la Chaussée-d'Antin, 11
LONDRES
ELKIN MATHEWS et JOHN LANE
the Bodley-Head. Vigo-Street.
1893
Tous droits réservés
IMPRIMERIE PAUL SCHMIDT, 20, RUE DU DRAGON, PARIS.
A mon Ami
PIERRE LOUŸS
PERSONNES
SALOMÉ
(Une grande terrasse dans le palais d'Hérodedonnant sur la salle de festin. Des soldats sontaccoudés sur le balcon. A droite il y a un énormeescalier. A gauche, au fond, une ancienne citerneentourée d'un mur de bronze vert. Clair de lune.)
LE JEUNE SYRIEN.
Comme la princesse Salomé est belle ce soir!
LE PAGE D'HÉRODIAS.
Regardez la lune. La lune a l'air très étrange.On dirait une femme qui sort d'un tombeau.Elle ressemble à une femme morte. On diraitqu'elle cherche des morts.
LE JEUNE SYRIEN.
Elle a l'air très étrange.Elle ressemble à une petite princesse qui porte un voile jaune,et a des pieds d'argent. Elle ressemble à une princessequi a des pieds comme des petites colombesblanches... On dirait qu'elle danse.
LE PAGE D'HÉRODIAS.
Elle est comme une femme morte.Elle va très lentement. (Bruit dans la salle de festin.)
PREMIER SOLDAT.
Quel vacarme! Qui sont ces bêtesfauves qui hurlent?
SECOND SOLDAT.
Les Juifs. Ils sont toujours ainsi. C'est surleur religion qu'ils discutent.
PREMIER SOLDAT.
Pourquoi discutent-ils sur leur religion?
SECOND SOLDAT.
Je ne sais pas. Ils le font toujours... Ainsi lesPharisiens affirment qu'il y a des anges, et lesSadducéens disent que les anges n'existent pas.
PREMIER SOLDAT.
Je trouve que c'est ridicule de discutersur de telles choses.
LE JEUNE SYRIEN.
Comme la princesse Salomé est bellece soir!
LE PAGE D'HÉRODIAS.
Vous la regardez toujours. Vous la regardeztrop. Il ne faut pas regarder les gens de cettefaçon... Il peut arriver un malheur.
LE JEUNE SYRIEN.
Elle est très belle ce soir.
PREMIER SOLDAT.
Le tétrarque a l'air sombre.
SECOND SOLDAT.
Oui, il a l'air sombre.
PREMIER SOLDAT.
Il regarde quelque chose.
SECOND SOLDAT.
Il regarde quelqu'un.
PREMIER SOLD