I.
Imprimé par Everat, rue du Cadran, nº 16.
PAR
ERNEST DESPREZ.
Tome Premier
PARIS.
LIBRAIRIE DE CHARLES GOSSELIN,
RUE SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS, Nº 9.
M DCCC XXXIII.
CHAPITRE PREMIER., II., III., IV., V., VI., VII., VIII., IX. |
Première Partie.
DANS une maison de la rue Bourbon-Villeneuve, au troisième étage,vivaient, il y aura bientôt huit ans, une mère et sa fille, toutes deuxsans fortune, mais non tout-à-fait pauvres. Veuve d’un officier del’ancienne armée, madame Drouart avait obtenu du gouvernement d’alorsun{4} bureau de papier timbré, à l’aide duquel il lui était possible defournir aux premières nécessités de la vie. D’ailleurs, le temps qu’ellene passait pas au guichet de son bureau, elle l’employait, quoiqueinfirme et déjà vieille, à des ouvrages de femme que lui donnaient àfaire quelques généreuses personnes, ses protectrices. Le prix de cestravaux d’aiguille, joint à six cents francs environ, revenu du bureaude timbre, suffisait, comme on le pense bien, aux modestes besoins demadame Drouart, heureuse mère, si elle n’eût pas tant aimé sa fille!
L’avenir de Louise l’inquiétait; mais le présent surtout lui paraissaittriste. Louise était jeune, jolie, et la{5} pauvre femme pleurait envoyant sa Louise, sa fille si belle, seule, inconnue, sans plaisirs,condamnée à demeurer là, rêveuse, ennuyée, devant un piano à qui ellefaisait soupirer de plaintives romances. Hélas! pensait madame Drouart,si du moins j’étais riche, ma Louise aurait des amies de son âge pourrire et jouer avec elle; ma Louise aurait des dentelles au bas de sesrobes; je conduirais mon enfant au bal, au spectacle; je lui ferais unevie douce; je la mènerais dans le monde; les jeunes gens l’admireraient;on lui donnerait des fêtes; je serais fière de sa beauté, et elle, maLouise, elle serait heureuse de m’avoir pour mère!
Dans son excès de tendresse pour{6} sa fille, madame Drouart allaitjusqu’à se reprocher son peu de fortune; elle s’accusait de n’ê